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Estimer un projet logiciel complexe : la méthode en 10 étapes pour des décisions fiables

Auteur n°4 – Mariami

Par Mariami Minadze
Lectures: 5

Résumé – Les dérives budgétaires récurrentes sur les ERP sur mesure, plateformes métier ou SaaS complexes proviennent d’estimations initiales trop fragiles, menaçant vos arbitrages CAPEX/OPEX, plannings et négociations contractuelles. En 10 étapes, depuis la définition précise des enjeux et du périmètre jusqu’à la modélisation de la taille logicielle et l’intégration des risques, vous bâtissez un baseline chiffré et transparent nourri de données historiques. Ce chiffrage se traduit en plan d’exécution opérationnel, assorti d’un pilotage quotidien et d’une capitalisation continue pour garantir des décisions fiables et une maîtrise renforcée du delivery.

Les projets logiciels complexes, qu’il s’agisse d’un ERP sur mesure, d’une plateforme métier intégrée ou d’un SaaS à forte dimension technique, sont souvent marqués par des écarts budgétaires importants. Ces dérives ne résultent pas d’un défaut de développement, mais d’estimations initiales trop fragiles.

Adopter une méthode rigoureuse, traçable et défendable est essentiel pour sécuriser les décisions business, qu’il s’agisse d’arbitrages CAPEX/OPEX, de planification des ressources ou de négociations contractuelles. Cette checklist en 10 étapes formalise les bonnes pratiques pour produire une estimation fiable, permettant de résister aux comités de direction, aux audits internes et aux réalités du delivery.

Définir le périmètre et clarifier le budget

Poser un socle clair évite les risques cachés et les incompréhensions ultérieures. Différencier les types d’estimations garantit une approche adaptée à chaque phase décisionnelle.

1. Clarifier le pourquoi avant le combien

L’estimation doit d’abord répondre à un objectif précis : fournir un ordre de grandeur sommaire (ROM, ±30 %), un engagement contractuel formel ou un atterrissage financier à terminaison (EAC). Sans cette distinction, le même chiffrage ne s’applique pas à une simple évaluation interne et à une offre ferme à présenter en comité de direction.

Dans la pratique, confondre ces niveaux génère de la confusion entre DSI, directions financières et prestataires, et expose à des révisions régulières du budget. Il convient donc d’expliciter dès le lancement la finalité de l’estimation, son degré de précision attendu et les marges de manœuvre acceptées.

Une entreprise suisse de services financiers, confrontée à un appel d’offres pour un ERP, avait initialement présenté un ROM sans préciser qu’il n’engageait pas le prestataire. Lors de la revue budgétaire, les parties s’attendaient à un engagement ferme, ce qui a entraîné un refus de la proposition et un report du projet.

2. Poser un socle technique explicite

Une estimation fiable s’appuie sur une définition technique précise : architecture cible, périmètre fonctionnel, contraintes d’intégration et hypothèses sur les systèmes existants. Tout élément non écrit devient un risque potentiel et peut générer un surcoût latent.

Formaliser ces éléments sous forme de documents synthétiques, validés par les parties prenantes, permet de verrouiller le cadre et de réduire les zones d’ombre. Ce socle sert ensuite de référence tout au long du projet, de la contractualisation au pilotage.

Un acteur industriel, passant d’une solution on-premise à une plateforme cloud, avait négligé l’énumération des interfaces avec ses machines de production. À mi-parcours, l’intégration a demandé un mois supplémentaire d’études et un budget doublé pour assurer la compatibilité.

3. Collecter des données exploitables, pas des intuitions

Les estimations basées sur le ressenti exposent à des écarts majeurs. Il est préférable de s’appuyer sur l’historique de projets similaires, des benchmarks de productivité et des hypothèses documentées. Chaque chiffre doit être justifié par une source ou un calcul.

En enregistrant systématiquement les temps passés, les tâches récurrentes et les degrés de complexité rencontrés, on crée un référentiel interne qui peut être réutilisé et affiné à chaque nouveau projet. Cette traçabilité devient un atout pour argumenter face aux dirigeants ou aux auditeurs.

L’usage exclusif d’une estimation par ressenti avait conduit à sous-estimer de 40 % le temps nécessaire aux tests et à la montée en charge. Le planning a été repoussé de trois mois, engendrant des pénalités contractuelles.

Mesurer et modéliser la taille et les risques

La taille logicielle est le moteur principal du coût, bien plus que le simple nombre de jours estimés. Construire un référentiel chiffré et intégrer les risques comme variable protège contre les imprévus.

4. Estimer la taille logicielle, pas seulement le temps

Le volume fonctionnel ou technique, déterminé par le neuf, le réutilisé, le modifié, le legacy ou les composants COTS, est le véritable déterminant du coût. Une approche par points de fonction, user stories pondérées ou simples métriques de complexité permet d’objectiver cette taille.

En quantifiant précisément chaque module ou macro-fonctionnalité, on obtient un niveau de granularité qui limite les écarts et facilite le pilotage. Cette métrique sert également de base pour le suivi en cours de réalisation.

5. Construire un baseline chiffré et explicable

Un bon baseline répond à la question : « Pourquoi ce projet coûte ce montant et pas 20 % de moins ? ». Il est issu d’un modèle chiffré où chaque poste (analyse, développement, tests, infrastructure) est détaillé et lié à une métrique précise.

Cette construction nécessite de rendre explicites les taux de productivité retenus, les coefficients de complexité et les marges prises en compte. Chaque hypothèse doit être formalisée pour pouvoir être revue ou contestée en toute transparence.

6. Intégrer le risque comme variable, pas comme excuse

Les risques identifiés doivent être soit inclus dans le modèle d’estimation avec un pondérateur, soit explicitement exclus et assumés par le client. Cette distinction évite le glissement permanent des responsabilités vers l’équipe de delivery.

Cartographier les risques majeurs (technologiques, humains, organisationnels) et affecter un probabiliste ou un coût additionnel permet de produire un chiffrage défendable. En phase contractuelle, on peut ainsi décider d’un plan de mitigation ou d’une réserve budgétaire dédiée.

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Valider et transformer en plan d’exécution

La cohérence entre productivité, staffing et planning doit être alignée sur la réalité de l’organisation. Transformer l’estimation en plan opérationnel rend le chiffrage immédiatement actionnable.

7. Valider la cohérence globale

L’estimation ne se limite pas à un coût ; elle doit être mise en perspective avec la capacité interne en ressources, la disponibilité des compétences et les contraintes du planning global. Un décalage entre le modèle théorique et la réalité du staffing peut entraîner des retards ou une hausse des tarifs externes.

La revue conjointe entre DSI, chefs de projet et prestataires permet de vérifier la plausibilité de la charge, d’ajuster les profils et de valider qu’aucune fenêtre de non-disponibilité majeure n’a été omise.

8. Transformer l’estimation en plan d’exécution

Une estimation utile propose un découpage en jalons, un staffing détaillé et une roadmap des décisions à venir. Chaque livraison intermédiaire doit correspondre à un résultat vérifiable, associé à un coût et à un calendrier précis.

Cette approche facilite le pilotage par incréments, offre une visibilité claire sur l’avancement et permet de prendre des décisions sur les arbitrages de scope ou de priorisation, sans remettre en cause l’ensemble du budget.

9. Documenter pour capitaliser

Chaque estimation devient un actif lorsqu’elle est documentée et archivée dans un référentiel interne. Les écarts identifiés et les leçons tirées constituent une base d’amélioration continue.

En analysant les retours d’expérience, on peut affiner les benchmarks de productivité, ajuster les ratios de complexité et réduire progressivement les marges de sécurité, tout en renforçant la crédibilité commerciale.

Suivi et adaptation continue du projet

Une estimation figée perd rapidement sa valeur dès que le projet démarre. Un pilotage permanent, comparant prévision et réel, est le garant de la maîtrise budgétaire.

10. Pilotage quotidien et gestion des écarts

Tout au long du delivery, il est impératif de comparer régulièrement la consommation réelle des jours-homme et le volume effectif des livrables avec les prévisions initiales. Les écarts doivent être analysés, expliqués et réaffectés dans le planning ou le budget.

Des points de suivi hebdomadaires, appuyés par un tableau de bord simple mais exhaustif, permettent de détecter rapidement les dérives et d’enclencher des mesures correctives avant que les impacts financiers ne deviennent significatifs.

Gestion des changements et arbitrages

Les demandes de modifications en cours de projet sont inévitables. Il convient de les formuler via un processus de changement formel, associant un chiffrage complémentaire ou une compensation sur des options non encore engagées.

En structurant ces arbitrages, on conserve la traçabilité des décisions, on préserve l’alignement budgétaire et on informe en temps réel les métiers et les directions sur l’impact des évolutions.

Amélioration continue et capitalisation

Au fil du delivery, chaque ajustement, chaque erreur d’estimation et chaque réussite doit être consigné. Ces retours d’expérience nourrissent le référentiel d’estimation et améliorent la précision des prochaines évaluations.

Un cabinet de conseil, après trois projets évalués et pilotés selon cette méthode, a réduit son délai moyen d’estimation de 20 % et amélioré la satisfaction interne grâce à une meilleure visibilité budgétaire.

Des estimations rigoureuses pour des projets logiciels maîtrisés

En appliquant cette méthode en 10 étapes — de la clarification des objectifs à l’adaptation continue pendant le delivery — vous sécurisez vos décisions d’investissement, vos arbitrages CAPEX/OPEX et votre crédibilité vis-à-vis des directions financières. Vous obtenez une estimation traçable, défendable et directement actionnable pour piloter vos projets d’ERP, de plateformes métiers ou de solutions SaaS complexes.

Que vous soyez CIO, CTO ou dirigeant d’une PME, nos experts sont à votre disposition pour vous accompagner dans la mise en place de ce cadre d’excellence et d’amélioration continue.

Parler de vos enjeux avec un expert Edana

Par Mariami

Gestionnaire de Projet

PUBLIÉ PAR

Mariami Minadze

Mariami est experte en stratégie digitale et en gestion de projet. Elle audite les écosystèmes digitaux d'entreprises et d'organisations de toutes tailles et de tous secteurs et orchestre des stratégies et des plans générateurs de valeur pour nos clients. Mettre en lumière et piloter les solutions adaptées à vos objectifs pour des résultats mesurables et un retour sur investissement maximal est sa spécialité.

FAQ

Questions fréquemment posées sur l’estimation projet

Quelles sont les différences entre ROM, estimation contractuelle et EAC?

L’estimation ROM (Rough Order of Magnitude) fournit un ordre de grandeur avec une précision de ±30% pour un usage interne. L’estimation contractuelle est un engagement chiffré, validé et juridiquement contraignant, souvent présenté en comité de direction. L’EAC (Estimate at Completion) représente le coût prévisionnel à la fin du projet, tenant compte des dérives et des ajustements. Chaque type répond à un besoin décisionnel différent et doit être clairement identifié dès le lancement.

Comment définir un périmètre technique précis pour une estimation fiable?

Un périmètre technique précis s’appuie sur la formalisation de l’architecture cible, du scope fonctionnel et des contraintes d’intégration. Il inclut la liste des systèmes existants, des interfaces et des composants COTS envisagés. Chaque hypothèse doit être documentée et validée par les parties prenantes afin de limiter les zones d’ombre. Ce socle technique sert de référence tout au long du projet, de la contractualisation jusqu’au pilotage opérationnel.

Pourquoi faut-il transformer l’estimation en plan d’exécution opérationnel?

Transformer l’estimation en plan d’exécution permet de décliner les chiffres en jalons, ressources et livrables concrets. Chaque livraison intermédiaire doit être associée à un coût et à une échéance, facilitant le suivi par incréments. Cette approche fournit une visibilité claire sur l’avancement, permet d’anticiper les arbitrages de scope et assure une meilleure maîtrise des délais et du budget tout au long du delivery.

Quels indicateurs utiliser pour modéliser la taille logicielle?

Pour modéliser la taille logicielle, on privilégie les points de fonction, les user stories pondérées ou les métriques de complexité. Il est essentiel de distinguer le neuf, le legacy, la réutilisation et les composants COTS. La granularité par module ou macro-fonctionnalité permet d’objectiver la charge de travail et de limiter les écarts. Ces indicateurs sont ensuite utilisés pour établir un baseline chiffré et défendable.

Comment intégrer et quantifier les risques dans une estimation?

Les risques doivent être cartographiés (technologiques, humains, organisationnels) et affectés d’une probabilité ainsi que d’un impact financier. On peut les inclure directement dans l’estimation avec un coefficient de risque ou les exclure en prévoyant une réserve budgétaire dédiée. Cette distinction clarifie les responsabilités et permet de négocier un plan de mitigation adapté lors de la phase contractuelle.

Comment assurer la cohérence entre estimation et ressources disponibles?

La cohérence s’établit lors d’une revue conjointe entre DSI, chefs de projet et prestataires. Il s’agit de vérifier la plausibilité des taux de productivité, la disponibilité des compétences et les fenêtres de non-disponibilité. Ajuster les profils et le planning en fonction des contraintes internes garantit un alignement entre le modèle théorique et la réalité opérationnelle, limitant ainsi les risques de retards ou de surcoûts.

Quelle méthode pour documenter et capitaliser les retours d’expérience projet?

Chaque estimation doit être archivées dans un référentiel interne où l’on consigne les écarts et les leçons tirées. L’analyse régulière des retours d’expérience permet d’ajuster les benchmarks de productivité, de réviser les coefficients de complexité et de réduire progressivement les marges de sécurité. Cette démarche d’amélioration continue renforce la précision des futures estimations et la crédibilité commerciale.

Comment piloter quotidiennement et gérer les écarts budgétaires?

Le pilotage quotidien repose sur des points de suivi hebdomadaires et un tableau de bord comparant les jours-homme consommés aux prévisions. Chaque écart doit être analysé et expliqué, puis réaffecté au planning ou au budget. Cette démarche proactive permet de détecter rapidement les dérives et de mettre en œuvre des mesures correctives avant que les impacts financiers ne deviennent critiques.

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