Résumé – La transition on-premise vers le SaaS dépasse la simple migration technique ou tarifaire et implique une refonte produit, une réorganisation de la relation client et de la gouvernance, tout en gérant la courbe en J des revenus et le risque de tensions avec la base existante. Il faut privilégier une architecture modulaire, prioriser les usages à forte valeur, garantir scalabilité, résilience et sécurité intégrée, et aligner la tarification sur l’impact client pour maximiser l’adoption et stabiliser la trésorerie. Solution : une feuille de route de migration progressive, un modèle économique transparent et une organisation agile avec pipeline CI/CD pour transformer la transition SaaS en levier de croissance durable.
La transition d’un logiciel on-premise vers un modèle SaaS implique bien plus qu’une migration technique ou une simple refonte tarifaire. Elle exige de repenser le produit, de redéfinir l’offre économique, de réorganiser la relation client et d’ajuster la gouvernance interne. Cette transformation structurelle promet des revenus récurrents, une meilleure visibilité sur le long terme et une capacité d’innovation continue.
Mais elle expose aussi l’éditeur à des déséquilibres temporaires : une phase de « courbe en J » des revenus, des tensions avec la base installée et des investissements conséquents. Anticiper ces enjeux et faire des choix clairs entre vitesse, rentabilité et valeur est indispensable pour réussir.
Repenser le produit pour le SaaS
La transition vers le SaaS commence par une refonte architecturale et fonctionnelle du produit pour garantir modularité, évolutivité et sécurité. Elle nécessite de prioriser les usages à haute valeur perçue et de bâtir une plateforme capable d’intégrer en continu des évolutions sans interruption de service.
Chaque brique doit être conçue pour s’adapter à la montée en charge et aux besoins de customization, tout en assurant une expérience homogène à tous les clients.
Architecture modulaire et découplage des composants
La modularité est le socle d’un SaaS performant, notamment grâce à une architecture microservices. En isolant chaque fonctionnalité dans un microservice ou un module indépendant, on limite le risque qu’une évolution ou une mise à jour n’impacte l’ensemble de la plateforme. Cette approche rend également la maintenance plus agile et réduit le temps de mise en production.
Par ailleurs, un découplage intelligent permet de dimensionner chaque service en fonction de sa charge réelle. On peut ainsi allouer dynamiquement des ressources aux fonctions les plus sollicitées, optimisant à la fois coûts et performances. Cette flexibilité opérationnelle est difficilement atteignable avec un monolithe traditionnel.
Enfin, une architecture modulaire simplifie l’intégration de briques open source ou tierces, sans créer de vendor lock-in. En cas de besoin futur, il devient possible de remplacer un composant par une alternative plus performante ou mieux supportée, sans refondre tout le produit.
Priorisation des fonctionnalités et focus sur l’usage
Passer au SaaS implique de redéfinir le roadmap produit autour des usages à plus forte valeur pour le client. Il ne s’agit plus d’accumuler des fonctionnalités pour séduire chaque marché, mais de proposer une solution simple, intuitive et pertinente pour l’essentiel des cas d’usage.
Cette orientation user-centric permet de livrer plus rapidement des versions augmentées du produit, tout en récoltant des feedbacks qui guident les développements futurs. Les cycles de release se raccourcissent et la satisfaction client progresse.
En Suisse, un éditeur de logiciels de gestion pour PME a choisi de segmenter son offre en fonctionnalités « cœur », « avancées » et « sectorielles ». Cette priorisation a réduit le time-to-market de ses nouvelles versions de 40 % et a permis de concentrer les investissements sur les modules les plus utilisés, valorisant immédiatement la plateforme.
Scalabilité, résilience et sécurité intégrée
Un SaaS se doit d’être hautement disponible. Toute interruption peut entraîner une perte de confiance et un churn immédiat. Concevoir pour la résilience implique des déploiements multi-régions, des tests de charge automatisés et des mécanismes de bascule en cas de défaillance.
La sécurité doit également être intégrée dès la conception : chiffrement des données en transit et au repos, authentification forte, audits réguliers et monitoring continu. Ces bonnes pratiques réduisent les risques de vulnérabilités et renforcent la confiance des clients.
Par exemple, une société helvétique éditrice d’une solution RH a mis en place un cluster actif-actif dans deux datacenters suisses, garantissant une disponibilité supérieure à 99,9 %. Cette configuration a montré qu’une architecture résiliente peut devenir un argument de différenciation et rassurer les grands comptes sur la continuité de service.
Redéfinir le modèle économique et la tarification
Le passage au SaaS transforme radicalement le modèle économique : on passe d’une vente de licences ponctuelles à des revenus récurrents basés sur l’usage et la valeur délivrée. Il faut alors repenser les paliers d’abonnement pour aligner facturation et bénéfices clients.
Ce nouvel équilibre financier génère une courbe en J des revenus, nécessitant une anticipation de la baisse temporaire et des investissements de transition.
Définition des paliers d’abonnement alignés sur l’impact client
Un pricing SaaS efficace repose sur la segmentation des offres selon la valeur perçue : fonctionnalités incluses, nombre d’utilisateurs, volume de données ou niveaux de support. L’objectif est d’offrir un point d’entrée accessible, tout en garantissant une montée en gamme naturelle.
Ce calibrage doit s’appuyer sur une étude des cas d’usage réels et des retours utilisateurs. Trop de paliers peuvent complexifier le choix, alors qu’une structuration simple et transparente renforce la confiance et accélère la décision d’achat.
Un éditeur suisse de solutions logistiques a ainsi réduit ses offres de cinq à trois formules, en se concentrant sur les modules les plus demandés. Cette simplification a augmenté de 25 % le taux de conversion des essais gratuits en abonnements payants, tout en clarifiant la proposition de valeur.
Courbe en J et gestion de la transition financière
La conversion des clients existants et la phase de ramp-up des nouveaux abonnements déclenchent souvent une baisse temporaire des revenus, dite « courbe en J ». Il faut alors anticiper les besoins de trésorerie pour couvrir les coûts de développement, d’infrastructure et de support dédié.
Une modélisation financière précise, intégrant le délai de récupération client (Customer Payback Period) et le taux de churn prévu, permet de calibrer les investissements, de suivre l’évolution de la marge brute et d’estimer le total cost of ownership pour éclairer la prise de décision. Cette rigueur est essentielle pour éviter les frictions internes et préserver la croissance.
Par exemple, une société de gestion documentaire a planifié un fonds de transition couvrant 12 mois de baisse de revenus récurrents. Cette réserve lui a permis de stabiliser ses opérations et de financer la refonte de son infrastructure cloud sans compromettre ses engagements de service.
Gestion des contrats legacy et stratégies de migration tarifaire
Les contrats en place avec des clients on-premise peuvent représenter un frein à la conversion SaaS. Il est souvent nécessaire de proposer des mécanismes d’incitation : crédits de migration, tarifs préférentiels temporaires ou durée contractuelle ajustée.
La communication autour de ces mesures doit être claire et pédagogique, en soulignant la valeur ajoutée du modèle SaaS : mises à jour continues, SLA renforcés, support proactif. Il est crucial de ne pas brusquer les clients tout en fixant une date butoir pour la fin du modèle legacy.
Une entreprise suisse de solutions métiers a offert un crédit de services égal à 20 % de la valeur du contrat on-premise pour toute migration avant 18 mois. Cette initiative a déplacé 60 % de sa base installée vers le SaaS, tout en préservant la satisfaction client et en évitant les négociations de remise prolongées.
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Orchestrer la migration client et la réussite
La migration client vers un modèle SaaS doit s’appuyer sur une feuille de route claire, découpée en phases progressives et validée par des indicateurs de succès. La réussite passe par un accompagnement personnalisé et des outils d’onboarding adaptés.
Parallèlement, la gestion de la rétention et du churn devient un levier stratégique pour maximiser la valeur vie client et pérenniser les revenus récurrents.
Feuille de route de migration progressive
La mise en place d’une roadmap de migration segmentée en étapes minimise les risques et facilite l’appropriation. On commence souvent par un pilote avec un périmètre restreint, suivi d’une généralisation progressive à d’autres utilisateurs ou modules.
Chaque phase doit être validée par des jalons précis : performance, satisfaction utilisateur, stabilité. Un comité de pilotage interne garantit la coordination entre équipes produit, support, marketing et ventes.
Une association culturelle suisse a adopté cette approche pour migrer son ERP historique vers un SaaS dédié. En quatre phases, réparties sur huit mois, elle a transféré 80 % des utilisateurs tout en maintenant un taux de satisfaction supérieur à 90 %.
Communication transparente et support proactif
La clé d’une migration réussie réside dans la communication continue : newsletters, démonstrations, ateliers en ligne et documentations ciblées. Il est essentiel de tenir les parties prenantes informées des dates, des bénéfices attendus et des actions à réaliser de leur côté.
En parallèle, un dispositif de Customer Success dédié prend le relais : onboarding personnalisé, formations, suivis réguliers et points d’étape. Cette posture proactive limite les abandons et accélère l’adoption des nouvelles fonctionnalités.
Un éditeur helvétique de solutions RH a assigné un Customer Success Manager à chaque grand compte. Grâce à un suivi mensuel et à des ateliers thématiques, le taux d’utilisation des modules avancés est passé de 30 % à 70 % en moins d’un an.
Mesure de la rétention et actions anti-churn
Pour piloter la rétention, on suit des indicateurs comme le Net Revenue Retention (NRR), le taux de désabonnement et le taux d’upsell. Une analyse régulière de ces métriques permet de détecter les segments à risque et d’ajuster rapidement les offres ou le support.
Les actions anti-churn incluent la mise en place d’alertes automatiques pour tout usage déclinant, des campagnes de réactivation ciblées, et des entretiens de satisfaction pour comprendre les barrières rencontrées.
Une entreprise suisse spécialisée dans la gestion de parc immobilier a réduit son churn de 8 % à 3 % en automatisant la détection de baisse d’usage et en proposant des actions de coaching avant résiliation. Cette démarche a permis de préserver des revenus conséquents et de renforcer la confiance des clients.
Transformer l’organisation pour l’innovation continue
Adopter le SaaS ne se limite pas au produit : c’est un changement de culture et d’organisation. Il faut instaurer une gouvernance agile, favoriser la collaboration transverse et mettre en place des processus de livraison continue.
Les équipes produit, développement, infrastructure et support doivent être alignées autour d’objectifs communs de rétention, de satisfaction et de performance.
Gouvernance agile et équipes cross-fonctionnelles
La réussite d’une stratégie SaaS repose sur une organisation agile. On forme des squads ou des tribes, rassemblant des profils produit, développement, DevOps et Customer Success, responsables d’un périmètre fonctionnel ou d’une brique technique.
Ces équipes autonomes peuvent ainsi itérer rapidement, prendre des décisions opérationnelles et répondre aux retours clients sans passer par une hiérarchie lourde. La gouvernance se base sur des OKR alignés sur la rétention, la satisfaction et la performance.
Un éditeur suisse de solutions financières a restructuré son R&D en six squads dédiés aux grandes étapes du parcours client. Cette transformation a réduit les temps de développement de 30 % et renforcé l’appropriation des objectifs business par les équipes techniques.
Outils et processus de livraison continue
Pour soutenir le rythme accéléré des mises à jour, il est impératif de déployer un pipeline CI/CD robuste. Les tests unitaires, d’intégration et end-to-end sont automatisés afin de garantir l’intégrité du code à chaque changement.
Le déploiement progressif (canary releases, feature flags) permet de limiter les risques en activant ou désactivant des fonctionnalités en production de manière contrôlée. Les incidents sont ainsi circonscrits et maîtrisés.
Une société helvétique éditrice d’une plateforme de e-learning a adopté GitLab CI et des feature flags pour déployer jusqu’à dix releases par semaine. Cette cadence a dynamisé l’innovation et renforcé la satisfaction interne comme externe.
Culture de l’expérimentation et boucle de feedback
Le SaaS impose une culture test & learn. Les fonctionnalités sont livrées en version bêta auprès d’un échantillon d’utilisateurs, les données d’usage sont analysées et les retours guident les ajustements avant un déploiement global.
Des A/B tests et des études d’usage sont menés en continu pour valider les hypothèses produit et ajuster les priorités. Cette approche data-driven limite le risque d’investir dans des développements inutiles.
Un éditeur suisse de CRM a instauré des « hackathons » internes et des « customer labs » trimestriels. Ces rituels d’expérimentation ont permis de découvrir des usages inattendus et d’enrichir la roadmap tout en maintenant un fort engagement des équipes.
Transformez votre modèle SaaS en levier de croissance durable
La transition vers le SaaS est un projet global qui touche le produit, la tarification, la relation client et l’organisation interne. Les éditeurs qui anticipent la modularité technique, révisent leurs modèles économiques, orchestrent soigneusement la migration client et font évoluer leur culture interne parviennent à transformer cette phase critique en atout stratégique.
Nos experts sont à votre disposition pour vous accompagner dans cette transformation, de la définition de l’architecture à la mise en place de nouvelles pratiques de gouvernance. Ensemble, adaptons votre organisation pour tirer pleinement parti du modèle SaaS et garantir une croissance pérenne.







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