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Souveraineté numérique : elle commence au poste de travail, pas dans le cloud

Auteur n°16 – Martin

Par Martin Moraz
Lectures: 4

Résumé – Les enjeux de souveraineté numérique dépassent l’hébergement régional : dépendances aux portails cloud, MDM externe et signatures de firmware à distance mettent en péril continuité opérationnelle et conformité revDSG, RGPD, NIS2 et DORA. La maîtrise du poste de travail exige un contrôle complet d’OS, firmware, réseau et messagerie sans points de blocage externes, faute de quoi vulnérabilités et interruptions surviennent.
Solution : architecture hybride modulaire alliant OS open source, MDM on-prem, PKI interne, messagerie auto-hébergée, Zero Trust et modes offline pour une indépendance et une résilience avérées.

Dans un contexte où la souveraineté numérique se réduit souvent à l’hébergement régional, la véritable maîtrise des données s’arrête rarement au cloud. Pour garantir une souveraineté réelle, il faut remonter jusqu’au poste de travail – OS, firmware, MDM, réseau, messagerie – et en maîtriser chaque composant.

Cet article explore les fausses sécurités du seul cloud souverain, confronte exigences réglementaires et réalité technique, puis propose une architecture concrète pour des endpoints et un réseau véritablement indépendants et résilients.

Constat des fausses sécurités du cloud souverain

Le cloud souverain promet un contrôle total, mais les dépendances aux portails et comptes cloud fragilisent la sécurité. Sans maîtrise des endpoints et du firmware, la souveraineté reste illusoire.

Comptes obligatoires et portails cloud

L’obligation de se connecter à un portail cloud pour configurer un réseau ou installer un agent MDM crée un point de contrôle externe. En pratique, l’administrateur perd la main si l’accès au portail est suspendu ou s’il subit une panne régionale.

Sur Windows 11, l’exigence d’un compte Microsoft ou Azure AD pour certaines fonctionnalités renforce cette dépendance. Même pour des usages locaux, la machine peut refuser certaines mises à jour de sécurité tant que l’utilisateur n’est pas authentifié sur un service externe.

Côté Apple, l’Apple ID reste indispensable pour déployer des profils de sécurité ou gérer des certificats enrôlés via le portail MDM. Les organisations perdent ainsi une part de contrôle sur la chaîne d’authentification de leurs endpoints.

Firmware et boot chain dépendants

Le secure boot et la signature des firmwares dépendent souvent d’infrastructures distantes pour valider les clés. En cas de compromission de ces infrastructures, la mise à jour du BIOS/UEFI peut être bloquée ou manipulée.

Certains fabricants intègrent des kill switches dans le firmware, activables à distance pour désactiver un équipement. Cette pratique, bien que présentée comme un outil de sécurité, peut devenir un levier de blocage en cas de litige ou de panne du service cloud associé.

Sans un mode de secours local ou un accès direct à la chaîne de boot, les entreprises ne peuvent pas garantir la restauration d’un poste de travail en cas d’interruption des services cloud du constructeur.

Solutions managées cloud et fausse souveraineté

Des solutions comme Meraki ou Ubiquiti proposent une gestion centralisée via leurs datacenters. Les configurations réseau, mises à jour et diagnostics passent exclusivement par un portail en ligne.

Lorsque l’opérateur cloud subit une interruption ou décide de révoquer un device, l’objet géré se retrouve isolé, sans possibilité de rebasculer vers un mode standalone. Cette situation compromet la continuité d’activité et l’indépendance technique.

Exemple : Un service public a migré son parc de routeurs vers une solution managée cloud, convaincu de sa souveraineté régionale. Suite à une mise à jour firmware bloquée par le portail, l’administration a perdu l’accès à son réseau secondaire pendant plusieurs heures, démontrant que le contrôle restait partiel et dépendant du fournisseur.

Cadre réglementaire vs réalité technique

Les exigences du revDSG, RGPD, NIS2 et DORA imposent formellement la souveraineté, sans garantir un contrôle réel des données. La conformité légale sans maîtrise technique expose à des risques opérationnels et financiers.

revDSG et LPD suisse : obligations formelles

La révision de la Loi fédérale sur la protection des données (revDSG) renforce les obligations de localisation et de sécurité des données personnelles. Elle impose des mesures techniques « appropriées » sans préciser la granularité du contrôle requis.

En pratique, un hébergement en Suisse satisfait la plupart des auditeurs, même si les postes de travail et les canaux de communication demeurent gérés à l’étranger. La souveraineté déclarative masque alors des failles d’accès et de traçabilité.

Cela crée un paradoxe : l’entreprise peut être juridiquement conforme tout en éprouvant une maîtrise limitée de l’exploitation et de la remontée d’incidents, exposant potentiellement les données à des accès non souhaités.

RGPD vs dépendances cloud

Au niveau européen, le RGPD exige la protection des données et la démonstration de cette protection. L’utilisation de services cloud implique souvent le transfert de données hors de l’UE ou l’accès indirect par des sous-traitants étrangers.

Même si un fournisseur se déclare compliant, l’absence de contrôle sur ses endpoints et sur sa chaîne d’administration crée un risque de non-conformité en cas d’attaque ciblée ou d’audit forcé par une autorité compétente.

La juxtaposition de garanties légales et de dépendances techniques invisibles peut conduire à des amendes élevées, alors que l’entreprise pensait avoir couvert ses obligations RGPD.

NIS2, DORA et continuité opérationnelle

Les directives NIS2 (sécurité des réseaux et systèmes d’information) et DORA (résilience opérationnelle numérique) imposent des obligations de continuité et de plan de reprise. Elles ne distinguent pas toujours entre cloud public, privé ou souverain.

Sans une architecture end-to-end incluant les endpoints, un plan de continuité risque de s’appuyer sur des services tiers inaccessibles en cas de crise. L’absence de mode dégradé local devient alors un point de défaillance critique.

Exemple : Une organisation financière suisse, en conformité apparente avec DORA, utilisait un service de messagerie managé. Lors d’une panne du datacenter européen, elle n’a pu rétablir la communication interne qu’après huit heures, révélant un manque de préparation technique malgré une conformité administrative.

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Architecture de souveraineté côté endpoint et réseau

Le véritable contrôle s’obtient par des endpoints maîtrisés : OS open source, MDM on-prem, PKI interne et chiffrement fort. Un écosystème hybride et modulaire préserve l’indépendance technologique et la résilience.

Postes de travail Linux et OS alternatifs

Adopter des distributions Linux ou des forks Android open source garantit une chaîne logicielle transparente et inspectable. Le code source est auditable, limitant les boîtes noires et facilitant la validation de chaque mise à jour.

Contrairement aux environnements propriétaires, ces OS permettent de déployer des versions personnalisées sans passer par des portails externes. Les équipes internes peuvent conserver un dépôt local de packages et gérer les correctifs en toute autonomie.

Cette approche offre un contrôle fin sur la configuration, la sécurité du firmware et le chiffrement disque, tout en restant compatible avec la plupart des applications métiers grâce à des conteneurs ou des machines virtuelles.

MDM on-prem et réseau administrable localement

Un Mobile Device Management hébergé sur site évite le passage par un service externe. Les politiques de sécurité, l’enrôlement des devices et la distribution de profils sont gérés directement par la DSI, sans dépendance à un portail.

Associé à des équipements réseau administrables localement, ce modèle permet de répliquer en interne l’ensemble des fonctions d’un cloud souverain, tout en conservant la possibilité de couper les liaisons externes en cas de besoin.

Exemple : Une PME industrielle suisse a déployé un MDM on-prem pour ses terminaux de production et configuré son réseau via une console locale. En cas de coupure Internet, les postes continuent de fonctionner, démontrant qu’une architecture hybride peut combiner souveraineté et résilience.

Les équipes internes ou un prestataire peuvent conserver un dépôt local de packages et gérer les correctifs en toute autonomie.

Messagerie et visioconf open source (Matrix/Jitsi)

Matrix et Jitsi offrent des solutions de communication chiffrées de bout en bout, auto-hébergeables en Suisse. Elles garantissent une totale propriété des serveurs et des clés de chiffrement.

Grâce à un déploiement dockerisé ou sur machines virtuelles, il est possible de monter un cluster interne, de répliquer les services et de répartir la charge sans recourir à un cloud tiers.

Cette indépendance technologique évite le vendor lock-in, tout en assurant la conformité RGPD et la résilience en mode offline, notamment lors d’incidents de réseau global.

Politiques Zero Trust et continuité offline-capable

Adopter une approche Zero Trust et prévoir une continuité offline renforcent la souveraineté et la résilience. Sans politiques adaptées, même une architecture souveraine peut être compromise.

Principes Zero Trust appliqués aux endpoints

Le Zero Trust considère que chaque élément, réseau ou utilisateur est potentiellement non fiable. Chaque accès est authentifié et autorisé en temps réel, sans présumer de la confiance.

En pratiquant la microsegmentation, les postes de travail et les applications communiquent uniquement avec les services indispensables. Les flux sont chiffrés et soumis à des contrôles d’intégrité permanents.

Cette approche limite la surface d’attaque et rend obsolète la confiance implicite accordée à un environnement réseau, renforçant la souveraineté technique.

Chiffrement, PKI et gestion des clés

Une autorité de certification interne (PKI) gère la distribution des certificats pour les endpoints, les serveurs et les applications métiers. Les clés privées restent au sein de l’entreprise.

Les mises à jour de certificats et les révocations se font via un service on-prem, sans jamais passer par un fournisseur tiers. Cela garantit un contrôle total sur la validité des accès.

Combiné à un système de chiffrement disque et de conteneurs chiffrés, ce dispositif assure que même un équipement compromis reste inopérant sans les clés stockées localement.

Continuité d’activité offline-capable

En cas de coupure Internet ou de panne du cloud souverain, un mode dégradé local permet aux utilisateurs d’accéder aux outils essentiels. Les serveurs de secours, placés sur site, prennent le relais.

Un plan de reprise inclut des procédures de bascule manuelle et automatique, testées régulièrement lors d’exercices de simulation. Les endpoints conservent une copie locale des données critiques pour fonctionner isolément.

Cette résilience offline garantit la continuité des opérations, même en cas d’attaque ciblée ou de défaillance majeure du réseau externe.

Transformer la souveraineté numérique en atout opérationnel

La souveraineté numérique ne se limite pas à choisir un cloud régional, mais à reprendre le contrôle sur chaque composant de l’écosystème : firmware, OS, MDM, réseau, communication et clés de chiffrement. En combinant OS open source et alternatifs, MDM on-prem, PKI interne, solutions de messagerie auto-hébergées et politiques Zero Trust, il est possible de construire une architecture modulaire, évolutive et résiliente.

Ce modèle hybride garantit la conformité aux exigences revDSG, RGPD, NIS2 et DORA, tout en offrant une véritable indépendance technologique et une continuité offline-capable. Nos experts sont à votre disposition pour vous accompagner dans l’audit de votre environnement, la définition de votre feuille de route et la mise en œuvre d’une architecture souveraine adaptée à vos enjeux métiers.

Parler de vos enjeux avec un expert Edana

Par Martin

Architecte d'Entreprise

PUBLIÉ PAR

Martin Moraz

Avatar de David Mendes

Martin est architecte d'entreprise senior. Il conçoit des architectures technologiques robustes et évolutives pour vos logiciels métiers, SaaS, applications mobiles, sites web et écosystèmes digitaux. Expert en stratégie IT et intégration de systèmes, il garantit une cohérence technique alignée avec vos objectifs business.

FAQ

Questions fréquentes sur la souveraineté numérique des postes

Comment garantir la souveraineté numérique au niveau des postes de travail ?

Garantir passe par le choix d’OS open source auditables, d’un MDM on-prem, d’une PKI interne et du chiffrement disque. Il faut maîtriser le firmware, les mises à jour via un dépôt local, et prévoir un mode offline pour les scénarios de coupure cloud. Cette approche modulaire assure l’indépendance technique et la conformité aux normes comme revDSG et RGPD.

Quels systèmes d’exploitation open source privilégier pour des postes souverains ?

On peut adopter des distributions Linux LTS (Debian, Ubuntu LTS, CentOS Stream) ou des forks open source d’Android pour mobiles. L’essentiel est d’assurer un cycle de vie long, la disponibilité de dépôts locaux, et la possibilité d’intégrer des patchs de sécurité. Un audit interne ou par un prestataire Edana valide l’absence de composants propriétaires.

Comment mettre en place un MDM on-prem et éviter les dépendances cloud ?

Déployer une solution MDM auto-hébergée (ex. Flyve MDM, Headwind) en l’installant sur vos serveurs internes. Configurez l’enrôlement via VPN interne et générez des profils de sécurité depuis votre console locale. Assurez-vous d’intégrer un dépôt de packages interne pour les mises à jour et de tester régulièrement la résilience offline.

Quels risques liés au firmware dépendant du cloud et comment les mitiger ?

Les contrôles de secure boot et la signature du firmware peuvent bloquer ou corrompre vos machines si l’infrastructure distante échoue. Pour mitiger, installez un chargeur de démarrage alternatif open source, conservez des images BIOS/UEFI locales signées par votre PKI interne et testez un mode de secours pour restaurer l’équipement sans l’infrastructure constructeur.

Comment concilier exigences revDSG et RGPD avec une architecture souveraine ?

Le revDSG et le RGPD requièrent la localisation et la protection des données. Une architecture souveraine combine hébergement on-prem pour les endpoints, chiffrement PKI interne, et audit de flux de communication. Documentez vos procédures de bascule offline, conservez les logs localement et justifiez devant un auditeur chaque maillon de la chaîne technique maîtrisée.

Comment assurer la continuité offline-capable de son infrastructure souveraine ?

Prévoyez des serveurs de secours sur site, des dépôts de paquets et un service de messagerie dockerisé. Implémentez des scripts de bascule automatique et formez vos équipes aux procédures de reprise. Testez régulièrement via des exercices en coupant la liaison internet. Cette préparation garantit l’accès aux outils critiques même en cas de panne cloud.

Quelles erreurs courantes éviter lors de l’implémentation d’une architecture souveraine ?

Parmi les erreurs fréquentes : négliger le contrôle du firmware, confier la PKI à un prestataire tiers, ne pas tester le mode offline, ou déployer un MDM sans dépôt local. Chaque composant doit être validé, auditable et documenté. L’expertise Edana recommande un audit préalable et une phase pilote pour prévenir ces pièges.

Quels indicateurs suivre pour mesurer la souveraineté et la résilience opérationnelle ?

Suivez le taux d’autonomie offline (pourcentage de services disponibles sans internet), le délai moyen de restauration offline, le nombre de mises à jour validées localement, et le temps de déploiement d’un correctif firmware via la PKI interne. Mesurez aussi les incidents liés à des dépendances externes pour ajuster votre feuille de route.

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