Résumé – Vos développements internes ou externalisés sont un levier financier majeur pour améliorer vos ratios de solvabilité et rassurer investisseurs, si vous respectez le Code des obligations (capitalisation strictement réservée à la phase de développement, principe de prudence, distinction recherche/développement et documentation traçable). Le suivi détaillé des coûts, une gouvernance mixte Finance–IT et une politique d’amortissement alignée sur la durée de vie utile assurent une valorisation crédible et défendable. Solution : instituez un comité de validation, maintenez des registres dédiés et adoptez une méthode d’amortissement cohérente.
Le logiciel développé en interne ou confié à un prestataire peut devenir un pilier financier décisif pour une entreprise suisse, au-delà de sa simple fonction opérationnelle. En capitalisant les coûts de développement, il est possible de refléter fidèlement la réalité économique et d’améliorer les ratios de solvabilité, cruciaux en phase de croissance ou de levée de fonds.
Le Code des obligations suisse offre un cadre malléable, sous réserve du respect de principes de prudence, de traçabilité et de documentation rigoureuse. Ce guide pratique explique comment transformer un projet logiciel en un actif incorporel solide, alignant stratégie IT et finance pour renforcer durablement le bilan.
Le cadre légal suisse : flexibilité et règles de prudence
Le Code des obligations autorise la capitalisation des coûts de développement logiciel, à condition de respecter des principes de prudence comptable. L’application rigoureuse de ces règles garantit une valorisation crédible et défendable en cas d’audit ou de transaction.
Fondements réglementaires de l’activation
Le Code des obligations (articles 960b et suivants) précise que seuls les coûts liés à une phase de développement peuvent être inscrits à l’actif. Il faut démontrer la faisabilité technique, l’intention et la capacité de mettre le logiciel en service, ainsi qu’une évaluation fiable des dépenses engagées.
Le principe de prudence interdit de surévaluer ces immobilisations : l’entreprise doit être en mesure de justifier chaque montant inscrit et d’estimer la durée de vie utile du logiciel. Un expert-comptable ou un réviseur peut intervenir pour valider la méthode retenue.
Par ailleurs, les dépenses de recherche préliminaire, ne générant pas de valeur probante immédiate, sont à passer en charges. Seule la phase de développement, à partir du moment où les critères de reconnaissance sont remplis, peut être marginalement activée.
Limites et obligations de l’entreprise
Chaque immobilisation logicielle doit être suivie dans un registre dédié, détaillant les coûts, les ressources humaines affectées et les délais. Cette traçabilité est indispensable pour se conformer aux règles comptables et pour répondre à d’éventuelles demandes de l’organe de révision.
Le traitement dans le compte de résultat se limite à l’amortissement, étalé selon la durée de vie utile estimée. Les frais ultérieurs de maintenance ou d’évolutions mineures sont, sauf cas spécifiques, passés en charges immédiatement.
En annexe des comptes, une description succincte mais précise des méthodes d’évaluation et des hypothèses retenues doit être fournie. Cette transparence renforce la confiance des parties prenantes et facilite les opérations de fusion, acquisition ou leverages financiers.
Exemple : une PME suisse de logistique
Une PME helvétique spécialisée dans la gestion d’entrepôts a développé une plateforme de suivi des stocks. Après avoir validé la faisabilité technique et mis en place un journal de coûts détaillé, elle a inscrit 250 000 CHF à l’actif sur trois ans.
Cette démarche a amélioré son ratio d’endettement et rassuré un investisseur lors d’une série de financements. L’exemple montre qu’une documentation rigoureuse et le respect des critères comptables peuvent transformer un projet IT en un levier de négociation solide.
En outre, la traçabilité des heures-hommes et des licences logicielles a permis d’ajuster le plan de charge et de contrôler les dérives budgétaires, illustrant l’importance de la gouvernance dès le lancement du projet.
Distinguer la recherche du développement : clés de la capitalisation
Il est essentiel de séparer la phase de recherche, non capitalisable, de celle de développement, susceptible d’être inscrite à l’actif. Une compréhension claire de ces notions évite les refus d’activation et renforce la crédibilité des comptes.
Caractère non capitalisable de la phase de recherche
La recherche comprend les travaux visant à acquérir de nouvelles connaissances ou technologies sans application industrielle immédiate. Ces dépenses sont systématiquement passées en charges, car leur aboutissement n’est pas garanti.
Les prototypes exploratoires, les études de marché préliminaires et les proofs of concept relèvent de cette catégorie. Leur traitement en charges reflète l’incertitude qui entoure leur exploitation future.
Cette distinction protège les comptes d’une valorisation excessive basée sur des résultats incertains, en cohérence avec le principe de prudence du Code des obligations.
Critères pour reconnaître une phase de développement
Le développement débute dès lors qu’il existe un plan technique clair, un budget dédié et que la faisabilité est démontrée. Les coûts de codage, de tests préliminaires et d’intégration peuvent alors être activés.
Concrètement, l’entreprise doit prouver que le produit fini sera opérationnel et générera des flux économiques positifs. Les salaires des développeurs, les licences d’outils spécifiques et les essais de validation rentrent dans le périmètre d’activation.
Un comité de pilotage, incluant DSI et finance, valide cette transition phase-recherche/phase-développement, assurant une gouvernance partagée et limitant les risques d’interprétation divergente.
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Documenter et tracer les coûts : socle d’une activation fiable
Un suivi rigoureux des dépenses engage la responsabilité de chaque acteur et assure la traçabilité indispensable en cas d’audit. La mise en place d’outils et de processus adaptés favorise une activation cohérente et conforme.
Identification exhaustive des coûts éligibles
Chaque ressource humaine affectée doit être enregistrée par projet et par phase. Le taux horaire et la durée engagée sont centralisés pour calculer précisément le montant capitalisable.
Les licences logicielles nécessaires aux développements, les coûts d’environnement de tests et les prestations externes (design, architecture) peuvent également être activés s’ils sont directement liés au projet.
Il est crucial d’exclure les coûts généraux ou administratifs, qui restent passés en charges courantes. Cette rigueur évite la surévaluation et respecte les critères comptables en vigueur.
Gouvernance et processus internes
La définition d’une gouvernance implique la création d’un comité de validation mixte Finance–IT, chargé de décider de l’activation des coûts et du suivi périodique.
Des workflows de demandes de validation préalable, via un outil de gestion de projet, garantissent que chaque dépense soit approuvée avant d’être imputée. Cette démarche renforce la traçabilité.
Des revues trimestrielles permettent de vérifier la cohérence entre le budget initial, les coûts engagés et l’avancement technique. Cette synchronisation prévient les divergences et sécurise le bilan.
Exemple : une institution publique suisse
Une agence cantonale a mené la refonte d’une plateforme utilisateur. Toutes les heures-hommes étaient tracées dans un système de suivi et liées à des tâches précises, validées chaque semaine par le contrôleur financier.
Les coûts de développement, d’un montant de 450 000 CHF, ont été activés sur cinq ans, conformément aux recommandations internes alignées sur le Code des obligations.
Cet exemple illustre qu’une gouvernance partagée et des processus bien calibrés permettent de rédiger une annexe solide et de préparer sereinement les audits externes.
Choisir une politique d’amortissement pertinente
La durée et la méthode d’amortissement influent directement sur le résultat et les principaux ratios financiers. Une politique cohérente avec la durée de vie utile du logiciel renforce la pertinence des états financiers.
Durée d’amortissement selon nature du logiciel
Les logiciels standard ont généralement une durée d’amortissement de trois à cinq ans. Un développement sur mesure, lié à un secteur spécifique, peut justifier une période plus longue, jusqu’à sept ans.
La durée retenue doit refléter la persistance de l’avantage économique et la fréquence des mises à jour majeures. Une révision annuelle permet d’adapter la politique si le rythme d’innovation l’exige.
La méthode linéaire reste la plus courante, offrant une répartition constante de la charge. D’autres méthodes plus dynamiques peuvent être envisagées, mais elles doivent être spécifiées en annexe.
Impact sur le bilan et les ratios financiers
Un amortissement trop court génère des charges élevées sur une période réduite, pesant sur le résultat. À l’inverse, une période trop longue peut gonfler artificiellement l’actif et retarder la reconnaissance des charges.
Le choix de la durée d’amortissement influe sur le ratio d’endettement, le retour sur capitaux investis et l’EBITDA. Un lissage adapté optimise la présentation des flux de dépenses.
Les analystes financiers et les partenaires bancaires examinent ces paramètres pour évaluer la robustesse et la prévisibilité des performances. Une politique justifiée dans l’annexe renforce la crédibilité.
Exemple : PME technologique en phase de scale-up
Une entreprise en croissance rapide a opté pour un amortissement sur cinq ans pour son CRM interne, en lien avec un cycle de mise à niveau majeur prévu tous les deux ans.
Cette approche a permis de maintenir des charges annuelles stables et d’anticiper le remplacement partiel de l’application au terme de la période. Les investisseurs ont salué la cohérence de la stratégie financière.
Cet exemple montre qu’une politique d’amortissement alignée sur la roadmap technique soutient la lisibilité des comptes et la confiance des parties prenantes.
Valorisez votre logiciel comme un actif stratégique
Reconnaître et activer un logiciel développé est un levier puissant pour aligner stratégie IT et performance financière. La maîtrise du cadre légal, la distinction rigoureuse des phases, la documentation exhaustive et une politique d’amortissement adaptée constituent les piliers d’une capitalisation réussie.
En ancrant ces pratiques dans votre gouvernance, vous améliorez la visibilité de vos investissements, lissez l’impact des dépenses et renforcez vos ratios financiers, essentiels en phase de croissance ou de restructuration.
Quel que soit votre secteur et la taille de votre organisation, nos experts Edana vous accompagnent pour structurer ce processus et sécuriser votre bilan.







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