Résumé – L’effet tunnel verrouille la vision du projet, alimente dérives budgétaires, retards de planning, malfaçons et insatisfaction utilisateurs, et finit par générer des litiges coûteux. Des plannings flous, l’absence de jalons formels, d’indicateurs alignés et une gouvernance informelle masquent les écarts et empêchent les corrections en continu.
Solution : installez un pilotage par la valeur avec découpage en phases claires, jalons formels, rituels de suivi documentés et validations régulières impliquant le client.
Dans les projets IT complexes, l’effet tunnel s’installe souvent sans qu’on s’en aperçoive, noyant la relation client-prestataire dans un flux de livraisons invisibles. Pendant que le planning dévie et que les jalons ne sont pas formalisés, le produit se construit dans l’ombre, jusqu’à la livraison finale où le décalage avec les besoins réels apparaît brutalement.
Comprendre les mécanismes de cet effet tunnel et y remédier n’est pas une question de compétence technique, mais de gouvernance projet stricte et structurée. Cet article propose une approche pragmatique, fondée sur la visibilité, la validation continue et l’implication active du client pour garantir un résultat conforme et pérenne.
Identifier les causes de l’effet tunnel
L’effet tunnel naît souvent d’un manque de visibilité sur le planning et des jalons flous. Il se nourrit également d’indicateurs mal définis et d’une communication peu structurée.
Planning flou et jalons manquants
Un planning sans jalons intermédiaires formels ne permet pas de mesurer la progression réelle du projet. Sans étapes clairement identifiées, chaque équipe avance selon sa propre interprétation des priorités, ce qui génère un décalage progressif entre les attentes et le développement. L’absence d’échéances vérifiées ouvre la porte aux retards cumulatifs et aux réajustements tardifs, qui s’avèrent coûteux et compliqués à intégrer.
Lorsque le découpage du projet ne fait l’objet d’aucune formalisation, il est impossible d’alerter suffisamment tôt en cas de dérive. Les équipes se concentrent alors sur la livraison finale, négligeant la nécessité de vérifications régulières. À terme, le risque est de valider un périmètre incomplet au regard des besoins métiers et d’engendrer un rebond de mise au point à la phase finale.
Un planning clair et mis à jour doit intégrer des points de contrôle structurés, définis conjointement avec le client dès la rédaction du cahier des charges IT. Chaque jalon doit faire l’objet d’une vérification documentée, validant tant les livrables fonctionnels que techniques. Ainsi, tout retard ou ajustement devient visible et peut être traité avant qu’il ne compromette l’ensemble du projet.
Indicateurs mal choisis et validation imprécise
Les KPI généraux (avancement en pourcentage, nombre de tâches déployées) ne traduisent pas toujours la valeur métier réellement livrée. Sans indicateurs alignés sur les objectifs finaux, le projet avance sur des métriques inutiles, donnant une illusion de progrès. Cette confusion entretient l’effet tunnel, car le client et le prestataire ne mesurent pas ensemble l’atteinte des vrais résultats attendus.
Par exemple, un indicateur de nombre de fonctionnalités livrées peut masquer une mauvaise adéquation avec les besoins métiers : plusieurs petites briques validées n’apportent aucune valeur concrète si elles ne répondent pas à la logique de l’utilisateur. Il devient alors délicat de réorienter le projet en cours de route, car les métriques existantes ne reflètent pas la réalité opérationnelle.
Pour être efficaces, les indicateurs doivent être définis en amont, validés par toutes les parties prenantes et réévalués régulièrement à l’aide d’objectives and key results (OKR). Ils doivent porter sur la valeur générée, l’expérience utilisateur et les aspects critiques de performance. En cas d’écart, un réajustement rapide de l’objectif ou du planning doit être formalisé.
Communication et gouvernance insuffisantes
Une communication non structurée, sans rituels de suivi réguliers, fragilise la transparence. Lorsqu’on se contente d’échanges ponctuels ou informels, l’information circule mal entre les équipes techniques, les métiers et la direction. Les signaux faibles d’une dérive passent ainsi inaperçus, retardant la mise en place des mesures correctives.
La gouvernance projet, lorsqu’elle repose uniquement sur la confiance tacite, peut conduire à une rétention involontaire de l’information. Les équipes techniques, soucieuses de respecter un calendrier interne, évitent parfois de remonter les difficultés de peur de freiner le lancement. À l’inverse, le client ne dispose pas d’éléments factuels pour anticiper les risques et ajuster son budget ou son planning. Pour structurer ces échanges, il est utile de consulter un guide de la gestion du changement, qui formalise les processus de décision et de communication.
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Conséquences silencieuses sur la qualité et le budget
Sans frein visible, la dérive budgétaire s’installe et la qualité se dégrade. Les tensions contractuelles montent et la confiance entre client et prestataire s’érode.
Dérive budgétaire et coûts cachés
Lorsque le suivi financier ne se fait qu’à la livraison finale, il est impossible de détecter les dépassements intermédiaires en temps réel. Les heures supplémentaires s’accumulent, les ajustements tardifs génèrent des charges additionnelles et, souvent, le budget initial explose sans que le client en ait conscience. Pour limiter les dépassements de budget IT, il est essentiel d’adopter des suivis financiers par jalon.
Les coûts cachés proviennent aussi des reprises répétées de fonctionnalités mal spécifiées. Chaque correction nécessite de reconsidérer le périmètre global, de replanifier et de réallouer des ressources, ce qui épuise tant les équipes techniques que les décideurs métiers. Le taux horaire augmente alors sensiblement, sans que les gains attendus ne soient atteints.
Insatisfaction utilisateur et rétention de valeur
Lorsque les premières versions sont livrées trop tard ou sans validation formelle, les utilisateurs finaux n’ont pas eu l’occasion d’orienter les développements. Les fonctionnalités sont alors mal ajustées, peu ergonomiques ou inadaptées aux processus réels. L’insatisfaction grandit à mesure que le produit se construit dans l’ombre, sans retours réguliers des parties prenantes.
Les ajustements tardifs sont toujours plus coûteux et moins efficaces : corriger un module en phase de conception coûte en moyenne deux fois moins cher que de le refondre après intégration. Pourtant, l’effet tunnel reporte systématiquement ces retours à la dernière phase, générant frustration et gaspillage de temps.
En l’absence de livrables intermédiaires validés par les utilisateurs, la valeur attendue reste théorique jusqu’à la version finale. Les retours post-déploiement deviennent alors le seul levier d’amélioration, prolongeant la période de post-mise en production et retardant la réalisation du ROI.
Risques contractuels et remise en cause du partenariat
Une livraison finale non conforme expose à des litiges contractuels coûteux. Les engagements de périmètre, de délai et de qualité ne sont pas atteints, et entre le client et le prestataire, la confiance s’effrite. Les pénalités de retard et les demandes de corrections supplémentaires viennent alourdir les discussions, au détriment de la collaboration et de l’efficacité future.
Dans certains cas, le client peut décider d’interrompre la relation, pour rechercher un nouveau prestataire censé rattraper la situation. Ce changement génère une phase d’onboarding supplémentaire, des audits de code, et des coûts de reprise qui peuvent dépasser la moitié du budget initial.
Piloter par la valeur et validation continue
Piloter par la valeur impose un découpage rigoureux en phases et des livrables validés régulièrement. La transparence sur les risques et l’implication du client sont essentielles à chaque étape.
Découpage en phases claires
Un projet structuré en phases distinctes (analyse, design, développement, recette, déploiement) facilite le contrôle à chaque étape. Chacune de ces phases se termine par un livrable formellement validé, garantissant que les attentes métiers sont traduites correctement avant de passer à l’étape suivante. Ce découpage réduit les risques de décalage global.
La phase d’analyse doit déboucher sur un cahier des charges validé, tandis que le design produit des maquettes et prototypes approuvés. Le développement suit alors un périmètre connu, et la recette s’appuie sur des critères de validation précis. À chaque transition, un comité de pilotage décide de la poursuite ou des ajustements nécessaires.
En procédant ainsi, le projet reste visible, mesurable et maîtrisable. Les retours sont collectés tôt, et les éventuels écarts peuvent être corrigés avant qu’ils ne s’amplifient et ne génèrent des coûts disproportionnés.
Rituels de suivi et communication structurée
Mettre en place des réunions de suivi hebdomadaires et des revues mensuelles de gouvernance garantit un alignement constant. Les comptes rendus sont formalisés et diffusés, incluant l’avancement fonctionnel, technique et financier. Cette pratique renforce la transparence et permet de prendre des décisions rapides en cas de besoin.
Chaque réunion doit suivre un ordre du jour défini : points d’avancement, indicateurs clés, risques et actions correctives. Les décisions sont consignées dans un registre de gouvernance, accessible à toutes les parties prenantes. Ainsi, le client reste informé en continu et peut ajuster ses priorités sans attendre la fin du projet.
Par ailleurs, l’utilisation d’outils collaboratifs adaptés (tableaux de suivi, espaces de documentation partagée) consolide la traçabilité des échanges. Les équipes métiers et techniques disposent d’une source unique de vérité, garantissant la cohérence des informations et réduisant les malentendus.
Clarté des critères de validation et implication du client
Avant chaque jalon, les critères de validation fonctionnels et techniques doivent être documentés et approuvés. Ces critères définissent précisément les résultats attendus, les tests à réaliser et les seuils d’acceptation. Ils servent de référence lors de la recette et limitent les discussions subjectives.
Impliquer le client dans la définition de ces critères renforce la responsabilité partagée. Les utilisateurs finaux peuvent ainsi confirmer la conformité aux besoins réels, et le prestataire travaille sur des objectifs clairement établis. Dans ce cadre, les retours sont précieux et permettent d’affiner la solution en continu.
Cette pratique crée un cercle vertueux : plus le client participe, plus la confiance s’installe, et plus les jalons se succèdent sans surprise. Le projet avance alors de manière visible, mesurable et validée, aligné en permanence sur la valeur métier.
Succès par visibilité et jalons
Des projets IT démontrent qu’un suivi clair et des jalons éprouvés éliminent l’effet tunnel. Ces réussites montrent l’efficacité d’une gouvernance transparente alliée à des validations formelles.
Projet ERP d’une entreprise de construction
Une entreprise de construction de taille moyenne, confrontée à un décalage entre ses processus métiers et son ancien ERP, a choisi de découper sa refonte en trois phases majeures : définition du périmètre métier, configuration et tests, puis montée en charge. Chaque phase se terminait par un comité de validation impliquant DSI, responsables métiers et équipe de développement.
La formalisation des critères de réussite dès la phase d’analyse a permis de préciser les workflows critiques et d’anticiper les besoins de personnalisation. Les tests itératifs, réalisés au fur et à mesure, ont révélé des écarts mineurs, corrigés avant de devenir des blocages majeurs. La livraison progressive d’un prototype fonctionnel a rassuré la gouvernance et assuré une adoption rapide par les utilisateurs.
Ce projet a démontré qu’une approche par jalons visibles et validés génère un effet levier sur l’engagement des équipes, la prévisibilité budgétaire et la qualité de la solution finale. L’entreprise a ainsi mis en service son nouvel ERP dans les délais et avec un budget maîtrisé, tout en garantissant une montée en compétence progressive des utilisateurs.
Plateforme métier e-commerce en mode agile
Une entreprise de commerce en ligne a adopté une méthodologie agile pour développer une plateforme de traitement des commandes. Le projet a été découpé en sprints de deux semaines, chacun conclu par une revue de sprint avec démonstration de fonctionnalités tangibles. Le client validait chaque incrément avant que la roadmap ne soit ajustée.
Les retours fréquents ont permis de prioriser rapidement les évolutions les plus critiques et de réduire les développements inutiles. La transparence sur le backlog, partagée via un outil de gestion de projet, a donné une visibilité permanente sur l’avancement, les risques et les charges restantes. Les arbitrages se faisaient en temps réel, évitant toute surprise en fin de cycle.
Grâce à cette gouvernance agile et transparente, la plateforme a été mise en production avec un taux d’adoption élevé et un niveau de satisfaction utilisateur de 92 %. Le suivi par valeur délivrée a éliminé l’effet tunnel et permis un pilotage fin des ressources et du budget.
Intégration d’une solution bancaire modulable
Une banque souhaitait moderniser son portail client en combinant une solution open source pour la gestion des contenus et des développements sur mesure pour les besoins spécifiques du secteur financier. Le projet a été structuré en cinq jalons, chacun validé par un prototype fonctionnel et un audit de sécurité.
La transparence sur l’avancement technique (code coverage, tests automatisés) et fonctionnel (retours utilisateurs) a permis d’identifier rapidement les ajustements nécessaires. Les points de décision formalisés, notamment sur les choix d’architecture et de mises à jour de dépendances, ont réduit les risques de rupture de compatibilité et de vendor lock-in.
Cette approche hybride, associée à une gouvernance stricte, a assuré la livraison d’un portail sécurisé et évolutif, capable d’intégrer de nouveaux services financiers sans compromettre l’infrastructure existante.
Adopter un pilotage visible pour garantir conformité et confiance
La réussite d’un projet IT ne se mesure pas à la vitesse de développement, mais à la clarté des jalons, à la qualité des validations et à la transparence de la gouvernance. En structurant votre projet avec des phases formelles, des livrables intermédiaires validés et une communication continue, vous évitez l’effet tunnel et sécurisez budget, qualité et adoption.
Quelle que soit la taille ou la complexité de votre projet, nos experts sont à vos côtés pour mettre en place une gouvernance qui sécurise chaque étape et assure la livraison attendue.







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