Résumé – À l’heure de l’IA générative et du no-code, l’arbitrage Buy vs Build va au-delà du coût et des délais pour intégrer contrôle, différenciation et durabilité de chaque brique logicielle. Les plateformes low-code accélèrent le développement et réduisent les barrières financières, mais peuvent générer du shadow IT, des coûts cachés et de la dette technique si la gouvernance, l’intégration SI et l’évolution long terme ne sont pas anticipées.
Solution : segmenter fonctionnalités standard et différenciantes, architecturer en micro-services/API-first, instaurer une gouvernance agile (comité DSI-métiers, standards qualité, CI/CD) pour bâtir un écosystème hybride, modulable et sécurisé.
Depuis l’avènement de l’IA et des plateformes no-code, l’arbitrage traditionnel entre acheter ou développer un logiciel ne se limite plus aux seuls coûts ou délais. Les options hybrides et les outils de développement assisté offrent de nouvelles perspectives pour concevoir des services numériques hautement personnalisés.
Pourtant, cette facilité apparente ne dispense pas d’une analyse stratégique fine. Il reste crucial de définir le niveau de contrôle, de différenciation et de durabilité attendu pour chaque brique logicielle. Face à la multiplication des solutions SaaS et des outils de génération de code, les entreprises doivent repenser leur approche pour transformer leur SI en un actif évolutif et sécurisé. Dans cet article, les choix Build vs Buy seront explorés à travers leurs enjeux, limites et opportunités pour éclairer les décisions des décideurs IT et opérationnels.
Les nouveaux critères de l’arbitrage Build vs Buy
Les critères traditionnels de coût et de délai ne suffisent plus pour choisir entre achat et développement. L’IA et le no-code ont redéfini les règles du jeu, offrant de nouvelles options pour répondre aux besoins métiers.
Évolution des enjeux financiers et temporels
Jusqu’à récemment, la décision Build vs Buy reposait principalement sur un calcul financier et un impératif de délai. Les estimations de coûts de développement projetées sur plusieurs années guidaient le choix de recourir à une solution packagée ou de créer un outil en interne. Le risque technique était jugé élevé, et la garantie de mise en œuvre rapide pesait fortement dans la balance.
Aujourd’hui, les plateformes no-code et les générateurs de code assisté par IA ont diminué le coût et le délai de production d’applications spécifiques. Les cycles de développement peuvent être raccourcis de plusieurs mois, et les budgets dédiés aux licences SaaS peuvent parfois dépasser les frais de développement internalisés. Cette évolution change profondément la nature de la décision.
Cependant, cette réduction des barrières financières et temporelles ne doit pas faire oublier l’importance d’une réflexion globale. Il reste essentiel d’anticiper la gouvernance, l’intégration au SI existant et la capacité à faire évoluer la solution dans la durée sans générer de dette technique ou organisationnelle excessive.
Impact de l’IA et du no-code sur la prise de décision
L’IA générationnelle accélère la rédaction de code et la création de briques logicielles, tandis que les plateformes no-code permettent à des profils métiers de prototyper des workflows sans passer par le département IT. Cette synergie offre une agilité inédite pour tester des concepts et obtenir un retour rapide.
Pour les équipes IT, l’enjeu consiste désormais à superviser et à structurer ces initiatives embarquant l’IA et le no-code. Il devient nécessaire de définir des standards de qualité, de sécurité et d’interopérabilité pour éviter une prolifération de « shadow IT » et garantir la cohérence de l’écosystème digital.
Cette transformation impose de repenser le rôle de la DSI : non plus simple fournisseur de développements, mais architecte et gouverneur d’un environnement hybride où cohabitent solutions packagées, modules no-code et logiciels sur mesure.
Exemple concret : déploiement accéléré par une solution low-code
Une compagnie d’assurance de taille moyenne a mis en place un outil de gestion des sinistres via une plateforme low-code pour répondre à une réglementation récente. Les premières fonctionnalités étaient opérationnelles en moins de six semaines, contre quatre mois attendus avec une approche traditionnelle.
Ce projet a démontré qu’un développement assisté par IA et no-code pouvait réduire de près de60 % le délai de mise en service, tout en offrant une personnalisation suffisante pour couvrir les spécificités métiers. Les équipes ont pu se concentrer sur la logique métier plutôt que sur la configuration technique.
En revanche, l’exemple montre aussi l’importance de prévoir dès le lancement une feuille de route d’évolution et de maintenance, afin que cet outil reste cohérent avec le reste du SI et puisse intégrer de nouveaux cas d’usage sans reprise complète du développement.
Acheter un logiciel : avantages, compromis et risques
Acquérir une solution packagée promet une mise en œuvre rapide et une maintenance externalisée. Cependant, cette approche peut induire des compromis fonctionnels et une dépendance aux choix de l’éditeur.
Rapidité de mise en service et bonnes pratiques intégrées
Les solutions SaaS sont conçues pour être déployées en quelques jours ou semaines, avec des processus métier standardisés et des configurations préconstruites. Elles embarquent des meilleures pratiques issues d’industries variées, garantissant un socle fonctionnel robuste et éprouvé.
La maintenance, les mises à jour de sécurité et le support technique sont généralement inclus dans l’offre, allégeant la charge opérationnelle de la DSI. Les équipes internes peuvent ainsi se focaliser sur l’adoption utilisateur et l’optimisation des workflows plutôt que sur la gestion d’infrastructure.
Cependant, cette approche ne dispense pas d’une phase d’analyse des processus existants. Il convient de vérifier que les workflows standard couvrent effectivement les besoins clés et de prévoir les éventuelles adaptations ou extensions à acheter ou configurer avant l’ouverture de la solution.
Dépendance à la roadmap et coûts cachés
Une fois l’outil en production, l’évolution fonctionnelle dépend entièrement des priorités de l’éditeur. Les besoins spécifiques ou les demandes innovantes risquent de rester en file d’attente si elles ne coïncident pas avec la feuille de route publique.
De plus, les frais récurrents de licences, les modules complémentaires et les services professionnels (intégration, formation, support avancé) peuvent rapidement alourdir le coût total de possession. Certains frais sont parfois sous-estimés lors de la phase budgétaire initiale.
Enfin, la migration de données, les interfaces avec d’autres systèmes et les personnalisations poussées peuvent générer des surcoûts importants, alors qu’à première vue l’offre semble « tout compris ».
Exemple concret : accumulation de licences dans une structure publique
Un organisme public a adopté successivement plusieurs SaaS pour gérer ses processus RH, financiers et réglementaires. Chaque nouvel outil était rapidement mis en place, mais les coûts annuels de licences ont doublé en trois ans sans plan clair de consolidation.
Cette situation a mis en lumière que l’alignement fonctionnel restait partiel, entraînant des développements d’interfaces ad hoc et une multiplication des contrats de support. L’effort de maintenance externe a fini par absorber une part croissante du budget IT.
L’exemple démontre l’importance d’une gouvernance centralisée des achats logiciels, afin d’éviter la fragmentation des licences et de planifier une architecture cohérente plutôt que d’accumuler des solutions disparates sans stratégie d’ensemble.
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Développer sur mesure : alignement, contrôle et défis
Un développement interne permet un alignement total avec les processus métier et un contrôle sur les évolutions. Mais il requiert une gouvernance solide et une vision long terme pour éviter les pièges.
Bénéfices d’un alignement total avec les processus métiers
Un logiciel conçu sur mesure épouse parfaitement la cartographie des processus internes, sans contournements ni surcouches. Il facilite la modélisation de workflows spécifiques et l’automatisation pointue de tâches critiques.
La maîtrise des données reste intégrale, depuis la collecte jusqu’au reporting, sans dépendance à un format propriétaire. Cette souveraineté est particulièrement cruciale pour les secteurs régulés ou sensibles aux exigences de conformité.
Enfin, la personnalisation profonde crée un avantage concurrentiel durable, car elle protège l’entreprise des imitations et des solutions standardisées. C’est un levier stratégique pour se différencier sur des services à forte valeur ajoutée.
Exigences pour assurer la durabilité et la maintenabilité
Construire un logiciel d’entreprise nécessite de penser architecture modulaire, tests automatisés et documentation rigoureuse dès la phase de conception. Sans ces fondations, la maintenance se transforme rapidement en goulot d’étranglement.
La gouvernance doit définir un budget et des ressources dédiées à l’évolution continue, y compris pour des usages non prévus initialement. Un comité de pilotage transversal peut veiller à l’alignement entre direction IT, métiers et partenaires externes.
Enfin, il est essentiel de privilégier des technologies open source et modulaires pour limiter le vendor lock-in et garantir la liberté de faire évoluer ou migrer le logiciel sans coûts prohibitifs.
Exemple concret : succès d’un outil métier dans l’industrie horlogère
Une PME horlogère suisse a fait développer une application de suivi de production intégrée à son ERP existant. L’outil a été pensé dès le départ pour gérer l’évolution des lignes de production et les exigences réglementaires internationales.
Grâce à une architecture évolutive et à des tests automatisés, chaque nouvelle version a été déployée sans interruption de service ni multiplication de bugs. Le logiciel est devenu un actif stratégique, ajusté en continu par un partenariat de long terme.
Ce cas illustre qu’un projet sur mesure, correctement gouverné, peut offrir un avantage opérationnel durable et éviter les ruptures de continuité qui pèsent sur la productivité.
Structurer une stratégie hybride pour un écosystème résilient
Ni full buy ni full build n’est une réponse universelle, l’approche hybride offre le meilleur des deux mondes. Les clés résident dans une architecture modulaire et une gouvernance adaptée.
Identifier les composants à acheter vs développer
Le premier réflexe consiste à cartographier les fonctionnalités cœur, communes à de nombreux acteurs, et celles différenciantes, propres au métier. Les modules standards couvrent souvent efficacement les besoins transverses (comptabilité, RH, CRM).
En revanche, les briques différenciantes, apportant un avantage concurrentiel, méritent d’être développées en interne ou avec un partenaire expert. Cette segmentation garantit que le budget et l’effort se focalisent sur le cœur de la valeur.
La définition d’un plan d’architecture stratégique permet de concilier agilité et cohérence, en prévoyant dès le départ les interconnexions et les points d’évolution futurs.
Concevoir une architecture modulaire et évolutive
Une démarche orientée micro-services ou API-first facilite l’intégration de composants tiers, qu’ils soient open source, commerciaux ou développés sur mesure. Chaque service peut évoluer indépendamment selon les priorités métiers.
Cette modularité réduit la portée des changements et des tests, limitant l’impact sur l’ensemble du système. Elle simplifie également les mises à jour et la migration vers de nouvelles technologies sans reconstruction complète.
Par ailleurs, l’usage de conteneurs et de pipelines CI/CD assure la reproductibilité des environnements et la rapidité de déploiement, tout en conservant une traçabilité des versions et des configurations.
Mettre en place une gouvernance logicielle agile
La gouvernance doit s’appuyer sur un comité de pilotage réunissant DSI, responsables métiers et architectes. Des revues régulières garantissent la cohérence des évolutions et le respect des normes de sécurité et de performance.
Il est recommandé de définir un référentiel de bonnes pratiques, incluant des critères de choix entre achat ou développement, des niveaux d’API et des standards de qualité du code. Ce référentiel devient le guide pour tous les projets.
Enfin, une veille technologique constante permet d’identifier rapidement les opportunités de mise à jour ou de remplacement de composants afin d’éviter l’accumulation de dettes techniques et de vendor lock-in.
Choisissez votre mix stratégique pour transformer votre SI
Le choix entre acheter et développer un logiciel dépasse l’arbitrage budgétaire ou technique. Il conditionne le niveau de contrôle, la capacité à innover et la pérennité de l’architecture digitale. Les solutions packagées accélèrent la mise en œuvre, tandis que le sur-mesure offre une différenciation forte, à charge d’une gouvernance renforcée. L’approche hybride permet de combiner briques standards et développements sur mesure pour bâtir un écosystème modulable et sécurisé.
Quelle que soit la trajectoire maîtrisée, une analyse rigoureuse des besoins, des risques et de l’impact à long terme demeure indispensable. Nos experts sont à disposition pour vous aider à identifier ce qui doit être acheté, construit ou adapté et pour structurer votre stratégie logicielle afin qu’elle reste un avantage plutôt qu’une contrainte.







Lectures: 13



